Lettre à Jacques Simonomis

                                                                                       Pascal DUPUY

Cher Jacques,

 

     Tu vois, alors que le soleil grimace dans la lueur des persiennes, la Poésie a froid sans toi, sans tes « coups de gueule », sans ta bonhomie.

     Indépendance, fraternité et générosité étaient tes maîtres mots que tu portais en bandoulière.

     Homme humble, libéré de toutes les contingences qui font tant de mal à la poésie, fidèle en amitié et fraternel dans le partage des mots, tu partais en rébellion contre tout système d’embrigadement de cette poésie que nous aimons tant.

     Auteur capricieux, poète pluraliste réellement authentique, tu étais reconnu et apprécié des plus grands. Tes amis avaient pour noms : BEALU, DESPERT, L’ANSELME, ROUSSELOT, TAURAND, VINCENSINI. Ils savaient reconnaître ton extraordinaire foisonnement de l’écriture.

     Mais tu étais aussi un revuiste d’un talent hors du commun. Tu nous laisses un « CRI D’OS », l’une des meilleures revues française de Poésie, dont je garde les précieuses éditions.

     «  Un os qui donne à penser, c’est le support du visible où crèche la substantifique moelle », comme tu l’écrivais joliment.

     Cher Jacques, mes amis de Poésie sur Seine pensent à toi mais aussi à Yvette, ton épouse, à laquelle nous adressons notre plus vive sympathie et le témoignage de notre amitié. Nous ne t’oublierons pas…

 

Pascal DUPUY

 

TEXTES de Jacques SIMONOMIS

 

Prends la route

Engrosse-la

 

Des terres attendent

serrées dans tes poches

rapetassées d’étoiles filantes

d’éclisses de soleil

avec sous ton mouchoir

la mer qui vaut le coup

Extrait d e « Claudication du monde » Collection,

Les cahiers du Sud, le nouvel Athanor)

 

 

Je suis un poète mineur : je creuse.

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  Il n’y a pas de poésie neutre.

                        ***  

Une écriture n’a pas de barreaux.

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Ne dites pas : « C’est un poète inconnu », dites « qu’il poursuit son œuvre dans la discrétion ».

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La susceptibilité est la gangrène des poètes.

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Les poètes marchent à l’amitié.

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Qu’est-ce qu’une grande revue ? C’est quand on est mort.

                        ***

Plus la revue est grande, plus la porte est basse.

                        ***

L’amour est le starting-block du poète.

  (Extraits d’Aphorisques k Placers, Collection Cri d’Os)